Samu Social International











Le samusocialInternational se porte au secours des personnes en très grande exclusion, sans repères dans les mégalopoles. Son intervention repose sur le professionnalisme et le dévouement d'équipes disposant d'un vrai savoir-faire médico-psycho-social, comme en témoigne son président, le docteur Xavier Emmanuelli.

Pourquoi avez-vous pensé que le samusocial avait vocation à devenir le samusocialInternational ?
Après quelques années d’expérience, nous nous sommes aperçus que l’exclusion telle que nous la rencontrions à Paris, et que nous nous efforcions de traiter, était un phénomène commun à toutes les villes, particulièrement aux grandes villes, et que ce phénomène était universel. Les villes, quelles qu’elles soient à travers le monde, attirent les gens des campagnes et font disparaître leurs références culturelles. Ils se trouvent alors confrontés à une situation où leurs repères traditionnels ne leur servent plus à rien pour assurer leur survie quotidienne : la recherche d’un abri, de l’eau, de la nourriture. Les plus habiles s’en sortent, et s’ils ont des circuits familiaux ou ethniques, parviennent à s’intégrer. Mais pour un certain nombre d’entre eux, sans liens d’aucune sorte, sans aucune qualification, sans ressources, le problème de la simple survie reste posé. Cette situation est dramatique pour les isolés et les enfants.

Ces personnes ne reviendront pas dans leur région et leur village : elles ne peuvent plus cultiver la terre qui n’est plus rentable et les liens familiaux traditionnels, filet de sécurité ancestral, ont disparu. Quand ils n’y sont pas contraints par la guerre, la situation économique ou les conditions climatiques, ils choisissent parfois volontairement de partir pour tenter leur chance en ville dans l’espoir d’une vie meilleure pour eux ou pour leurs enfants. C’est parmi ces migrants que se manifestent les phénomènes de la grande exclusion, entraînant, entre autres malheurs, la drogue, la prostitution ou d’autres comportements agressifs ou délictuels. Du même coup, l’ensemble de ces défavorisés sont perçus comme une “menace“, aggravant encore, pour beaucoup, leur exclusion. Quand les pays sont pauvres et que la ville est hypertrophiée, que l’essentiel de l’économie repose sur le secteur informel et les petits boulots, il n’est pas possible d’envisager des systèmes de solidarité puissants.

L’exclusion à Paris est sans doute moins violente que dans les capitales du tiers-monde mais c’est le phénomène urbain qui la crée et l’entretient. C’est dans cet environnement que le samusocial peut être efficace. Plus qu’un remède à long terme, c’est une méthode de sauvetage : aborder ces personnes dans l’urgence, établir un contact efficace afin de pouvoir envisager, après les premiers secours, la post-urgence et permettre d’installer des dispositifs plus durables, ceux de l’insertion et du développement.


En quoi l’expérience du samusocial peut-elle bénéficier aux pays en développement ?
On sait bien que dans les grandes villes, sans cesse alimentées par de nouveaux arrivants, se posent toujours, outre ceux de l’alimentation, les problèmes de l’hygiène, des maladies infectieuses, virales et parasitaires dues à l’insalubrité, la mauvaise qualité de l’eau et de la nourriture, la promiscuité, la traumatologie et l’usage de la drogue - en particulier pour les enfants, de la drogue que l’on “sniffe”. Tout cela représente de nombreuses pathologies latentes qui passent inaperçues pour le reste de la population car ces personnes ne vont pas dans les dispensaires : il n’en existe pas partout et, quand il en existe, la plupart du temps ils sont payants. Enfin, ces personnes sont tellement accablées ou résignées qu’elles n’évaluent pas leurs problèmes de santé et ne se plaignent pas ; quand bien même elles se plaindraient, il n’y aurait pas, pour elles, de tribunes.

Notre mission consiste justement à “aller à leur rencontre“ où qu’elles soient, aussi isolées soient-elles, dans tous les recoins de ces immenses cités, de jour comme de nuit. “Aller vers“ est le principe même du samusocial, et pour ce faire, nous formons des “secouristes sociaux“, professionnels, salariés ou bénévoles, qui ont pour tâche de se porter à la rencontre des exclus, leur prodiguer des soins de sauvetage, les mettre à l’abri et envisager de construire avec eux un avenir porteur d’espérance, en d’autres termes, leur insertion. C’est pourquoi le samusocial ne travaille jamais seul mais en cohérence et en complémentarité avec les structures locales existantes : le dispensaire, l’hôpital, l’hébergement, l’orphelinat, les institutions de l’Etat, les mairies, la police, les autres associations et les bonnes volontés individuelles.

Ce qui caractérise le samusocialInternational, c’est sa grande souplesse, sa mobilité, ses réseaux et son savoir-faire (fruit de l’expérience acquise sur le terrain au cours de dix ans d’activité) adaptés aux modes de compréhension de chaque lieu d’intervention, et sa volonté de susciter les initiatives locales. Dans ces conditions, nous organisons, en même temps que les opérations de sauvetage et de soins, des formations à tous niveaux, sur place ou en France. Nous dotons ainsi de personnels qualifiés les samusociaux des différents pays où nous agissons afin qu’ils puissent se prendre en charge eux-mêmes.


Que peut faire le samusocialInternational pour aider les enfants ?
Le phénomène des enfants en danger dans la ville est un phénomène inquiétant et universel. Il touche aussi bien les villes du Nord que du Sud : Mexico, Lima, Moscou, Bucarest, Manille, Phnom Penh, Bamako, Ouagadougou, Tananarive, mais également Paris ou New York. Il atteint tous les continents, est inhérent à la vie dans les grandes villes et signe, hélas, les limites de notre modernité.

Quand les familles sont éclatées et naufragées dans les mégapoles, les enfants sont livrés à eux-mêmes, exploitables et exploités, condamnés à vivre en bandes, livrés au vol, à la drogue ou à la prostitution, souvent à la merci d’adultes sans scrupules qui peuvent les soumettre au travail forcé dans des ateliers clandestins. Le samusocialInternational, à l’instar de beaucoup d’autres associations ou institutions, tente de leur porter secours selon ses méthodes et son expérience. C’est l’une des tâches importantes de l’association et c’est une mission sans précédent.

En 2030, plus de 60 % des hommes et des femmes de la planète vivront en ville et la plupart dans des mégapoles, sans avoir encore pensé ni imaginé de rythmes, de rites et de traditions pour s’y intégrer. Les personnes les plus fragiles en feront les frais, et parmi elles les enfants. Agir auprès d’eux prend une importance considérable parce qu’il s’agit d’une urgence internationale, parce que la détresse des enfants est intolérable.

Docteur Xavier Emmanuelli
Président du samusocialInternational